mardi 8 novembre 2011

Attention, chef d'oeuvre

J'ai "rencontré" Diane Meur lors du jury du premier roman auquel je participais en mes plus jeunes années, et j'avais été enthousiasmée par son style qui alliait érudition et légèreté, avec une langue maitrisée, malicieuse, séductrice. Les villes de la plaine est son sixième roman et je suis fan.

L'histoire: dans une antiquité imaginaire mais qui nous rappelle des choses, la ville de Sir vit sous l'ordre des lois d'Anouher. Régulièrement un scribe est chargé de recopier ces lois et ces textes sacrés, puis celle des trois copies existantes la plus endommagée est solennellement détruite. Ainsi se perpétue l'ordre d'Anouher. Plus loin dans la plaine, la ville d'Hénab accueille les proscrits de Sir et vit dans ce que les Siriotes qualifient d'anarchie, avec pour seule loi quelque chose qui ressemblerait à "ma liberté s'arrête où commence celle des autres". 
Asral le scribe est chargé de copier ces lois sacrées. Ordjeneb, jeune montagnard, arrive à Sir pour trouver du travail. Méconnaissant les usages de la ville, il se fait tabasser, est recueilli par une jeune blanchisseuse dont il s'éprend, et engagé grâce à elle par Asral pour être son garde du corps et le garde de ces copies sacrées. Ce sont les questions naïves du montagnard qui feront prendre conscience à Asral que les textes sont anciens, que les mots ont changé de sens, que la loi appliquée n'est qu'une déformation de celle d'origine. Il entreprend alors en secret une Seconde Copie, sorte de traduction de la première, et enquête sur l'identité d'Anouher le Borgne. Une entreprise qui fera basculer l'histoire de Sir.

Mon avis: C'est un livre superbe, à la langue raffinée, précise, légère, et qui se lit à plusieurs niveaux. Les amours du montagnard et de la blanchisseuse, l'amour impossible d'Asral pour un jeune chanteur, les dissensions religieuses, les luttes d'influence des corporations, les guerres de conquêtes... mais aussi des questions non formulées qui surgissent et résonnent dans notre monde: qu'est ce qui fait d'un homme une légende ou un prophète? Qu'est ce qui transforme un règlement en texte sacré? Quelle foi lui accorder à travers les âges, à quelles manipulations est-il soumis, au bénéfice de qui? Quelques avancées brutales dans le temps, nous menant aux découvertes archéologiques d'un groupe de savants prussiens qui met à jour les ruines de Sir en 1840, nous donnent des éléments sur les conséquences des questionnements d'Asral. Tout ceci foisonne, interpelle, fait réfléchir, sans jamais perdre un immense plaisir de lecture, presque gourmand: que du bonheur!

samedi 5 novembre 2011

Pense à ta retraite...

... et à qui la payera. Morceau choisi de mon quotidien.

Classe de 4ième. Étude d'un texte de Maupassant le pov' a pas mérité ça! et plus particulièrement de son début: "Elle était une dame de campagne, une demi-paysanne, de ces femmes à chapeaux à falbalas qui cachent leur âme de brute prétentieuse sous des gants de soie écrue".

Question: à quelle classe sociale appartient notre personnage?
Réponse: elle est gauloise.
Gniiiiiii?????
Hem... euh... peux-tu m'expliquer comment tu es parvenu à cette conclusion cher ado décérébré?
Ben y a Falbala, et Falbala elle est gauloise.
Boum bruit fait par un enseignant qui tombe de haut.

Alors à toi parent et j'en connais qui désespère des réflexions crétino-provoco-stupidissimes de ton ado domestique je dis: t'es pas seule, mais t'as pas fini.
Quant à moi je prends le parti de m'émerveiller: ils parviennent encore à me surprendre, c'est fou!

mercredi 2 novembre 2011

Bruissements boisés

C'est une palette toute douce, très cocooning que vous offrent les filles d'ACO pour le kit de ce mois. Quant à moi, hontàmoi, trop prise par pleins de choses pour faire quoi que ce soit, et le créatoscrap est au niveau zéro absolu... mais ça va reviendre! Pis pour une fois je crois que l'année 2011 tiendra dans un seul livre photo, ça coutera moins cher en ces temps de crise, d'austérité et tout et tout...

Allez on file le chercher iciiiii et on dit merciiiii.

Pis si vous êtes sages je vous montrerai le "pleins de choses" qui m'a occupée. Vi je sais, tout le monde s'en fout, mais ça me fait plaisir alors...

lundi 31 octobre 2011

Oui, mais... non.

Petit coucou lecture ce matin pour vous parler de ce livre...
... lu dans le cadre des matchs littéraires de Price Minister clique donc sur la nimage ô lecteur pour aller sur la fiche de ce livre.

Alors déjà, histoire de te raconter my life, pourquoi avoir choisi ce titre? Parce que une fois dans ma carrière de Don Quichotte du français en milieu hostile j'ai été confrontée à une élève de cinquième enceinte. Et à ce mot de notre principal de l'époque alors qu'elle suppliait pour avoir un rendez-vous avec lui "elle s'est démerdée seule pour tomber enceinte, qu'elle continue!" ce qui m'avait semblé... hem... j'ai promis de rester polie dans ce billet.

L'histoire: Gloucester, Etats Unis d'Amérique. Dix sept adolescentes défraient la chronique en tombant enceintes en même temps. Une journaliste recueille les témoignages de Lana, la meneuse, dont la mère abrutie aux médicaments passe son temps devant la télévision; Cindy, recueillie par sa tante après que sa mère se soit enfuie avec le plombier, le papa étant en prison; Sue, fille de catholiques très bien pensants à la gâchette facile et aux idées peu catholiques; et Kylie, comme la chanteuse, ancienne mini miss, vivant pour les people comme sa mère qui cumule trois boulots pour payer les traites de la maison.

Mon avis: Déroutant. Je l'ai lu deux fois, une fois dès réception, une autre cette semaine, pour vérifier si je gardais le même avis, et je le garde. 
La catégorisation est "roman", mais c'est inspiré d'une histoire réelle et la présentation en interviews journalistiques maintient cette impression. Etant dans un "roman" je me suis refusée à faire des recherches sur l'histoire vraie, mais ça me démange! Le "roman" est une suite d'entretiens parfois longs, parfois très brefs, qui distillent chacun leur tour des renseignements sur les histoires de chacune, la bande qu'elles forment, leurs relations entre elles et avec leurs familles. Mais pas uniquement. C'est aussi un portrait d'une Amérique profonde presque caricaturale. 
Ce qui frappe dans ce portrait c'est l'abandon dans lequel survivent ces jeunes filles. Des parents enfuis, absents, ou de toute façon absolument pas à l'écoute. Aucun suivi médical de grossesse par manque de couverture sociale, la seule ayant eu une et une seule! échographie étant Kylie, qui est la seule également à évoquer le refus d'avoir un enfant trisomique.
Ce qui m'a manqué dans ce livre, c'est bien la cohérence. Est-ce à dire que c'est une volonté de l'auteur de produire un ouvrage aussi chaotique que les vies de ses héroïnes, je ne sais. Ça fuse dans tous les sens, mais certaines questions restent sans réponse de leur part, ou alors c'est à nous de les trouver? Pourquoi ces bébés, finalement? Pour donner une stabilité à leur vie? S'il y a une évolution de leur discours vers un abandon des rêves de l'adolescence et vers la maturité, il ne s'accompagne pas d'une réflexion sur le fait d'être mère, sur ce qu'est un bébé, ce que cela implique, et l'on peut facilement imaginer à la fin une stricte reproduction...d'un schéma social.
En bref il manque pleins de choses dans cet ouvrage, je l'ai posé avec le sentiment dérangeant d'avoir raté un truc d'où relecture sans savoir si c'est moi, ou l'auteur, qui ai manqué quelque chose.

mercredi 19 octobre 2011

Post sur les prés, et les posts

Mais qu'est ce qu'elle raconte? se dit le lecteur attentif mais un brin inquiet pour ma santé mentale.
Hier, me déplaçant à pas pressés dans ma petite ville à pas très pressés même vue la bise qui mordait ma vision latérale enregistre un truc au passage. Le temps que ça arrive au cerveau, j'avais fait 100mètres t'as le choix entre "elle marche vachement vite" ou "elle réfléchit vachement lentement, 'tention à ce que tu choisis et j'ai fait demi tour vent debout et mascara qui coule pour aller vérifier.

Pré-Maman.

Des affichettes mêmes pas belles genre banderoles soldes, mais en noir et blanc, le truc pondu à l'arrache avec l'imprimante du magasin, pour annoncer l'ouverture d'un nouveau rayon dans une boutique à l'enseigne italiano-provocante. 

Pré-Maman.
On avait déjà les préado errrrrkkkkk!, le syndrôme prémenstruel kaikaikai!, la préretraite de moins en moins, la préhistoire il y a longtemps, les divers préavis, prétest, préaccord, préindustriel, préinscription, préinstallation, préassemblage, préétuvage, préenduction, prépresse, prétraitement, préindication, préemballé, prééminence, préélémentaire, préemption, préenregistré, préétablir, , préfinancement, et même les précancéreux.
Maintenant on a les pré-maman, avé le tiret histoire que ça se voit passque le mannequin en vitrine il était pré-maman de quatre jours trois quart et il était pas très convaincant dans le rôle.
Et ensuite? 
On aura le rayon postgravidé, on parlera de postadolescence Tanguy?, de postéléctoral on appelle ça déception, de postcontent fâché!, de postcaprice va dans ta chambre t'es puni, de postdodo boulot? Appelons dons l'apéritif le prérepas et le café le prédigestif ou le postrepas, puis le postcafé ou la présieste pour le digestif et le postpoussecafé pour la sieste, à moins que l'on opte pour le préréveil. 

Pré-Maman. Enceinte serait devenu un gros mot vilain pas beau dégoutant erk? Enceinte, ça sonne comme jambes gonflées, envies de cookies, kilos en trop en trop en trop en troooooop dans notre société postmoderne préfaminàtoutprixpourêtrecanon? Tandis que pré-maman, ça sonne gazouillis roses, statut social, bonne pondeuse efficace dans son jean slim, shoppeuse rayon baby?

La langue française est vivante car elle évolue. Dommage que sur ce coup ce soient des publicistes sans poésie autre que celle des profits qui s'en chargent.

mardi 18 octobre 2011

Fierté maternelle

Y a pas à dire, devenir mère implique une très sérieuse révision de vos motifs d'exclamations extatiques. Fi des Picasso, des paysages de rêve, des couchers de soleil de carte postale, des Pasteur et autres chercheurs géniaux, plus rien à faire des nébuleuses là haut dans le ciel, du violon de Méduhin ou d'un envol de pigeons quelque part où c'est troooop beauuuuu. Nan. 
A vous les exclamations sur le popo dans l'pot, à vous les crises d'hystéries beattlessiennes devant la morve propulsée savamment dans le mouchoir, à vous le "braaaa-voooooo!!!!!!" devant l'arrivée d'une précision tactique de la cuillère dans la bouche.
Quant au premier dessin qui ressemble franchement à un vrai dessin, avec un vrai bo'dobe qui ressemble vraiment à un bo'dobe maniant un balai qui ressemble indubitablement à un balai balayant de la poussière qui ressemble totalement à de la poussière, là, c'est carrément Michel Angelo ressuscité sous vos yeux.

La fierté maternelle ne connaît ni la mesure, ni la honte.



Quant au pourquoi il a choisi précisément ce thème-là... allez savoir, le génie, ça reste mystérieux quand même...

lundi 17 octobre 2011

C'est la faute à Tata Nath!

Son dernier billet m'ayant fait hurler de rire, je suis partie moizaussi à la recherche de ces trucs-là, les mots que tu tapes pour arriver jusqu'à moi, cher lecteur.

Et j'en suis moizaussi restée pantoise. 
Les deux premiers, je peux comprendre. "Template mask lizzie" se conçoit aussi parfaitement. Certains autres comme "loi des 5c" "digiscrap tour de manège" peuvent bien avoir été écrits dans un billet. J'absous même "cochonnerie" dans le même lot, j'ai bien dû le dire, avouons.

"Texte argumentatif sur le shampoing" me laisse perplexe. J'imagine le collégien avide de trouver des réponses toutes faites à ce sujet, histoire de buller tranquillou, et tombant ici. Le choc. En même temps j'essaye d'imaginer le sujet en question, et là c'est mon cerveau qui patine... "Dans un monde post-moderne apocalyptique, le shampoing sera-t-il selon vous un argument déterminant dans la survie de l'espèce humaine? A rendre avant le 21 12 2012." Gniiii????

Mais "doux abattoir"... je vois pas. Vraiment pas. J'ai même tapé cette charmante expression sur guogueuleu, ben il m'a pas trouvée, en tout cas pas dans les 5 premières pages de recherche. C'est quelque part rassurant. Sauf pour le logiciel qui crée ces statistiques. Z'êtes sûrs que c'est fiable, ce truc?